Récit du voyage à Bou-Medfa, effectué par Guy COURTOIS,

en décembre 2003

A mes enfants, qui n'ont pas partagé avec moi, l'émotion de ce retour, à tous ceux qui n'effectueront pas ce voyage, je dédie cette page
*
  • Nous avons atterri à Alger à 12 H 05 après une véritable odyssée. Le train qui devait nous amener à Marseille ayant été supprimé à cause des inondations, nous avons dû gagner Strasbourg, pour rejoindre Marseille par avion.
  • Ce voyage, je l'ai imaginé un nombre incalculable de fois, et ces contretemps ressemblaient à un signe du destin pour m'éviter de le faire.
  • Enfin nous étions à Alger, l'avion s'était posé en venant de la mer, sans que j'ai pu apercevoir la terre avant d'atterrir.
  • Cela me rappelait notre départ en 1962, où l'avion avait décollé sans me permettre d'apercevoir une dernière fois cette terre tant aimée, que nous quittions pour toujours.

 

  • 40 ans après, me revoici à Alger. Combien de mes compatriotes ont-ils rêvé à ce moment. Mais une pluie battante nous accueille en guise de bienvenue, pas la pluie fine que nous avons chez nous, une pluie qui dégouline avec application et qui transforme tout le paysage en boue (tiens ! j'ai dit chez nous).
  • Heureusement que l'accueil de mon ami B… réchauffe l'atmosphère.
  • Installation à l'hôtel avec une certaine appréhension car il n'y a aucun européen à la ronde. Mais mes craintes s'envolèrent très vite, grâce à la sympathie du personnel, qui ne pouvait pas ignorer que j'étais européen.
  • Le lendemain nous partions pour Bou-Medfa. Je vois avec émotion se développer la mitidja, sans ses vignes bien sûr, avec çà et là des portions de routes bordées d'arbres, et de temps en temps une allée d'arbres menant à une ancienne ferme Française en ruine ou à une ancienne cave désaffectée.
  • Les poteaux indicateurs portent en français et en arabe des noms, qui chantent (en français) à ma mémoire, et dont la seule lecture me noue la gorge.
  • Enfin Oued Djer. Je ne reconnais rien, seules les montagnes n'ont pas changé, menaçantes boisées et propices à tous ceux qui veulent s'y cacher, la présence abondante de militaires et de gendarmes le long de la route, laisse à penser que la zone n'est pas recommandée pour une villégiature.
  • Enfin nous arrivons au passage à niveau de la gare de Bou-Medfa, je veux photographier le panneau indiquant Bou-Medfa, malencontreusement je mitraille en même temps, le gendarme posté au carrefour qui n'apprécie pas, mais alors pas du tout, il me confisque mon appareil, mon hôte parlemente un moment et l'appareil m'est restitué.
  • Nous traversons la voie ferrée, le paysage n'est plus reconnaissable, je reconnais la maison GARRIGUET, je guette le pont en fer qui est toujours là, puis le pont en pierre qui lui, a disparu.
  • A gauche à l'emplacement du camp militaire, tout est construit …enfin…
  • Avant d'entamer la côte de la gendarmerie, à droite se trouve le cimetière dit des Martyrs.
  • Nous entrons dans le village, et sans que j'ai eu le temps de réaliser, nous voici dans la rue principale, à droite chez mon oncle Émile Courtois, chez Cazeaux, plus loin à gauche la maison où je suis né, là mon guide se trompe de rue et prend à droite la rue où se trouvait l'abreuvoir, et il s'étonne que je lui dise " reprends la rue suivante à gauche " (tu parles que je connais, combien de fois ai-je arpenté les rues du village dans ma tête).
  • Nous voici devant l'école maternelle, la cour et la grille ont été remplacées par une construction.
  • Enfin nous voici dans la rue où habitait ma grand-mère, tout à changé, seule subsiste un des deux vantaux du portail du moulin de mon oncle Georges, et une grosse pierre provenant d'une ancienne meule de moulin. Celle là c'est sûr restera là car personne n'aura jamais l'idée de la déplacer.
  • Je regarde à peine la rue et les maisons, je vais immédiatement au bord du " rempart " d'où l'on peut voir la vallée et au loin le Zaccar, lui au moins est toujours là. Quelle émotion !
  • Je parcours ensuite le village, que j'aimerai regarder avec les yeux de chacun d'entre vous, la place, l'église qui n'existe plus, le café Moralès, la poste, (je la voyais plus grande) mais ma mémoire a rangé les choses à l'échelle qu'elles avaient du haut de mes dix ans.
  • Je me fais photographier sur les escaliers de la poste, à l'endroit même dont une vielle photo jaunie a conservé le souvenir.
  • Je ne vous parlerai pas de l'accueil que j'ai reçu de la part des gens qui ont connu ma famille, il a été ce vous pouvez deviner et même au delà. J'ai même été abordé par un homme âgé, ne pouvant plus parler qui a pu articuler mon nom de famille, en faisant signe avec sa main, que j'étais tout petit, mon hôte un algérien en a même pleuré.

 

  • Mais je devais affronter ce qui constituait le but essentiel de mon voyage, le cimetière.
  • Je pensais à mon grand-père qui avait voulu se faire enterrer au bas du cimetière, car disait-il on passerait forcément devant sa tombe et l'on penserait à lui.
  • En effet sa tombe était à cotée d'un olivier, et lui, il devrait toujours être là, on n'avait pas pu l'arracher tout de même.
  • Non l'olivier n'était plus là, ni les autres arbres, ni le mur du cimetière, ni les tombes, seuls subsistaient les marches d'escalier et des socles de ciment affleurant le sol, matérialisant l'emplacement de certaines tombes.
  • Je me recueillis un long moment à l'endroit où je décidai que se trouvait la tombe de ma grand- mère, et je masquais du mieux que je pus mon désarroi.
  • La seule tombe que j'ai retrouvée c'est celle de Joseph MANIVAL dont l'épitaphe m'a donné la réponse à ma quête, mais ne le dites pas à tout le monde car certains en auraient trop de chagrin.
En vain la terre vous cache, nos cœurs vous ….. toujours. (photo)
(Le mot qui manque est masqué sur la plaque par un trou, mais vous l'aurez deviné)
Guy COURTOIS

Le 3 décembre 2003

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